Le Greenwashing est en effet plus présent que jamais ! Avec des parents qui intègrent la notion de perturbateurs endocriniens dans leur choix pour meubler la chambre de leurs enfants, les marques et les revendeurs se sont mis à communiquer dans tous les sens pour essayer de les rassurer en verdissant leur image. Coton bio, 100% latex, bois brut… Bienvenue dans le monde merveilleuse-“ment” effrayant du Greenwashing !

Nous avons créé un collectif d’experts dans le Marketing, le Développement produit, le Digital, la Finance, les aspects Règlementaires, la RSE, … et des expériences dans des grands groupes et des start-ups. Notre objectif est de combattre le Greenwashing, identifier des solutions véritablement durables et réinstaller de la transparence. 

Dans notre nouvel article Rudy Taïb, directeur financier d’un hôpital privé, membre du comité développement durable, membre d’un jury Tech For good au sein de l’accélérateur de startup Wilco, et membre du collectif d’experts, prend la parole sur le Greenwashing dans l’aménagement de la chambre de nos enfants :

Voulant meubler la chambre de mon enfant, et étant au courant de la nocivité de certains matériaux, je me suis mis à la recherche de mobiliers répondant à des critères permettant de garantir un air intérieur non saturé en composés organiques volatils (COV).  La nocivité de ces COV est désormais de notoriété publique surtout concernant la santé de nos petits êtres les plus fragiles : nos enfants. On peut dire que les fabricants et les sites internet marchants ont bien compris les nouveaux critères des consommateurs éclairés et ils surfent sans vergogne sur la crédulité et l’angoisse des futurs parents en faisant du greenwashing dans tous les sens et c’est simplement scandaleux. En voici quelques exemples :

  1. LE LIT

Le festival du n’importe quoi, commence par le lit.  Je pensais que cela pouvait être assez simple car j’éliminais d’entrée de jeu tous les meubles constitués de particules de bois (agglomérés, MDF, contreplaqués…). Ils contiennent tous de la colle synthétique qui permet de faire tenir les particules de bois entre elles et cette colle n’est autre que du formaldéhyde, un dérivé du formol qui provoque des allergies, et peut avoir des conséquences neurologiques pour votre enfant (une fatigue accrue, des angoisses, des migraines, des nausées ou des vertiges). Le meuble laisse donc échapper pendant un certain temps des vapeurs de solvants ou des COV potentiellement cancérigènes. On appelle communément ce phénomène le “relargage”. Ces panneaux en aggloméré et MDF font légion et représentent, d’après mes recherches, environ 95% du marché.

Fort de cette connaissance, je me suis dit que c’était simple et qu’il suffirait de chercher un lit en bois brut ou bois massif. J’ai donc rentré naïvement ces mots clés dans le moteur de recherche internet en pensant que je n’allais trouver que les lits qui m’intéressent. Malheureusement pour moi, les fabricants et autres revendeurs de lit ont compris comment bien renommer leurs articles pour qu’ils apparaissent en résultat de cette recherche. Vous allez trouver plein de lit dont le titre va être : « Lit bébé bois brut » ou « lit enfant en bois ». Quand vous regardez dans le détail de la composition, il va y avoir écrit : « bois brut et MDF ». Tiens, que c’est étrange, que vient faire le MDF là-dedans ?  Cela doit être un petit élément vu qu’il vient en deuxième position dans le descriptif. Voilà la réflexion innocente que je me suis faite car la fiche du meuble vante un meuble « en bois sain » pour mon enfant. J’ai donc pris mon téléphone et j’ai appelé le site revendeur et j’ai eu la joie d’apprendre que le bois brut, c’est les pieds du lit et tout le reste est en MDF… site internet qui dispose évidemment d’une belle charte mytho-écolo-bio…

Deuxième angle d’approche des fabricants et de leurs revendeurs, vous dire que le lit est en « panneaux de bois MDF provenant de forêts gérées durablement » avec une ribambelle de logo pour nous passer de la pommade anesthésiante (NF, CTB, PEFC, FSC®…) sauf que le problème n’est pas que la qualité ou l’origine du copeau de bois mais bien la colle utilisée et ça ils n’en parlent pas. Alors, pour aller encore plus loin dans le Greenwashing et endormir les plus récalcitrants d’entre nous, ils ont inventé le « MDF génération écologique » et le « MDF Pure » qui se définissent comme « sans formaldéhyde ajoutés ». On est proche du génie, non ?  J’imagine qu’ils se sont dit que si commercialement le « sans sucre ajouté » a marché pour les boissons ou desserts sucrés, alors pourquoi pas en faire autant pour les meubles ?

En voilà le parfait exemple, sur ce site c’est des tartines de Greenwashing qu’ils nous offrent avec leur rassurante fiche verte : 

  1. LE MATELAS

Pour compléter ce merveilleux lit en bois brut non traité et non peint, il lui faut un matelas bien entendu. « Oh joie ! Oh désespoir » comme dirait l’autre… Pour le matelas, après de nombreuses recherches, j’en conclus que le moins nocif est le 100% latex naturel… Nouvelle plongée dans l’univers des professionnels du marketing. Tu veux du latex, en voilà dans mon matelas « 100% latex », « latex pur » ou « véritable latex » sauf qu’ils ne sont pas en latex naturel… donc c’est 100% pétrochimique ! D’autres petits malins, te disent : matelas latex naturel… mais ils ne te précisent pas le pourcentage. Cela pourrait être 5% de latex naturel et 95% de latex chimique, que cela ne me surprendrait pas.

« Hey les gars, les voitures hybrides, ça fait bio, non ? » 

« Parfait ! On va inventer le matelas hybride en latex naturel bio !!! »

Donc sur 19 cm de matelas, 26% c’est du latex naturel bio et 74% de la mousse de polyuréthane haute résistance. Les procédés de fabrication de mousse polyuréthane incluent l’utilisation de nombreux additifs chimiques. Même les bien-formulées « mousses naturelles de soja » sont en réalité des mousses synthétiques dérivés de la pétrochimie avec un pourcentage d’huile de soja dedans. Mais soyez rassuré, toutes les housses du matelas sont en coton bio labélisé Oeko-Tex. De qui se moque-t-on ? 

En tout cas, j’espère que vous avez un sacré budget, parce qu’après des heures de recherche, le 100% latex naturel pour un lit enfant à moins de 300€, cela n’existe pas en France et vous n’aurez le choix qu’entre deux ou trois fournisseurs.

  1. LA COUETTE ET LES COUSSINS

Pour aller au bout de cette démarche, il faut acheter une couette et des coussins, mais quand ça ne veut pas être simple, ça ne l’est pas. La grande majorité des « couettes ou coussins en coton bio », ont simplement une enveloppe en coton bio (qui sont souvent labélisées… merci GOTS ou Oeko-Tex!) mais le plus important, ce qui représente la totalité de leur poids, je parle de leur garnissage, est lui synthétique en 100% polyester…Certain l’affiche même fièrement, comme par exemple, avec ce beau titre vendeur : « Couette Nature 100% polyester, enveloppe coton bio ». Cette couette pense à la planète mais apparemment pas à ta santé mais j’imagine que le polyester recyclé est moins cher que le coton bio… donc cette couette pense surtout à la marge réalisée tout en verdissant son image en nous disant que le polyester est recyclé !

L’exemple ci-dessous s’appelle quand même « La Coton Bio ». Tout son descriptif se concentre sur l’enveloppe. Exceptionnel ! 

  1. L’ARMOIRE ET LA BIBLIOTHEQUE

Ce parcours du combattant va se retrouver décuplé pour l’achat de l’armoire ou de la bibliothèque et dans ces deux cas je vous souhaite bon courage pour trouver des meubles en bois brut… Il n’existe presque pas ou c’est aussi moche que l’armoire de votre grand-mère dans sa maison de campagne. Les quelques pièces que vous pourrez trouver sont à des prix déraisonnables car plus de 1.000€ pour une armoire enfant ça commence à faire beaucoup, même si on aime ses enfants et qu’on leur souhaite une vie la plus saine possible… Une vie saine oui, mais dans les 300€, c’est possible ? Si vous ne pouvez pas financièrement ou esthétiquement parlant opter pour du bois brut, essayez à minima d’être attentif à la qualité de la peinture qui a été utilisée. En effet, les peinture A+ et/ou labellisées comme Ecolabel ou NF environnement sont à privilégier mais cette information est souvent inconnue sur le descriptif des sites et ce n’est jamais bon signe. J’imagine que si la peinture avait été de qualité, les revendeurs se seraient empressés d’en parler… En ce moment, l’astuce trouvée par les fabricants, en ce qui concerne la peinture, est de vous dire qu’ils utilisent de la peinture à l’eau comme si cela était un gage de qualité…sauf que la plupart contiennent de la méthylisothiazolinone (au scrabble celui-là, il vous fait gagner la partie) et d’autres puissants allergènes.

JE SAIS QUE JE NE SAIS RIEN

En tant que consommateur éclairé, notre tâche est quasi-impossible car même la notion de bois brut n’est pas un gage de sécurité absolue pour garantir un air intérieur sans COV. En effet, on a pu plonger vos panneaux de bois brut dans des bacs de produits chimiques pour les traiter et vous n’en saurez rien. On a pu utiliser la pire des peintures et vous n’en saurez rien. Pour en avoir parler avec des chimistes, ils m’ont confié que chaque meuble est unique et sa capacité de relargage est d’une complexité affolante. Il faudrait que l’Etat impose aux fabricants de faire tester le taux d’émission de COV de leur produit et que cette information nous soit connue. Une sorte de COV Score. Si on le fait pour les aliments que l’on va manger une fois, il me semblerait logique qu’on le fasse aussi pour les meubles avec lesquels on va vivre une bonne partie de nos vies et qui pourrissent l’air intérieur de nos maisons avec les conséquences que l’on connait désormais sur notre santé. 

Allez, je sens que j’ai mis plein d’espoir dans vos vies car, entre nous, je ne suis pas certain que l’on connaisse de notre vivant ce COV Score. Il serait tellement anxiogène puisque je pense que 99% de nos meubles seraient dans le rouge. D’ailleurs si j’étais au courant du score COV catastrophique de mon canapé, je mettrais encore mon nouveau-né dessus ? Parce qu’il ne faut pas s’y tromper, entre les coussins rembourrés au polyester et le fait qu’ils soient ignifugés au polybromodiphényléthers (re-scrabble ! Pouvait-on faire encore plus compliqué pour ces appellations ?), je ne vois pas comment son score COV pourrait entre bon. Cependant, je vous propose de garder l’analyse des meubles du salon pour une prochaine aventure.

LE POUVOIR EST DANS NOS MAINS

Amis consommateurs, fuyez dès que vous voyez les appellations : « respectueux de l’environnement », « écologique », « naturel », « haute qualité », « bio », « saine », « pure », « sans ». Il va falloir du temps pour faire le tri dans ce monde impitoyable dans lequel le greenwashing fait légion. Soyez encore plus vigilent et intraitable quand le site e-commerce à de belles couleurs vertes prédominantes et que la charte « éco-bio » est bien mise en avant. Ne vous fiez pas au titre du produit et à son descriptif commercial mais bien à sa composition que l’on trouve dans la rubrique des caractéristiques. 

Armez-vous de patience et posez des questions aux revendeurs. Je me dis logiquement que si 1.000, 10.000, 100.000 personnes posent la même question sur la qualité de la peinture d’un meuble en vente sur un site marchand, et que sans réponse valable de la part du revendeur, ce meuble ne se vend pas, qu’à la fin, les responsables de ce site d’e-commerce vont finir par être vigilants à leur tour sur ce point. Qu’avant de référencer un produit sur leur site, ils poseront la question au fabricant et ils mettront cette caractéristique dans la fiche produit pour qu’on arrête de leur poser cette question et qu’on fasse perdre du temps à leurs équipes et enfin relancer la vente. Le pouvoir est dans nos mains. Coluche disait : « Quand on pense qu’il suffirait que les gens arrêtent de les acheter pour que ça ne se vendent pas ».

Rudy Taïb

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